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Technologie

"Entreprises d'avenir"


Entreprises d’avenir

Denis Spilet nous emmène au cœur de la passion et de l’innovation à travers trois jeunes sociétés illustrant le dynamisme de la recherche et de la technologie françaises dans le domaine maritime. Focus sur trois entreprises d’avenir...

 

Beyond the Sea
A tire d’ailes…
Par Denis Spilet

On connaît Yves Parlier navigateur, vainqueur de courses à la voile légendaires. On connaît également l’ingénieur passionné de technologies maritimes depuis son enfance francilienne, le pionnier qui conçoit et adapte les technologies les plus innovantes afin de concevoir des bateaux révolutionnaires. On sait moins son engagement pour l’environnement. Une prise de conscience en forme d’accident : une chute de 200 mètres en parapente qui l’obligera, en 1998, à mettre un terme à sa carrière sportive. Résilience… A partir de 2014, il fera de l’aile - particulièrement de kitesurf - la solution de propulsion écologique par excellence, la raison d’être de sa société Beyond the Sea, basée dans le bassin d’Arcachon, entièrement dédiée à la propulsion propre des navires.

Beyond the Sea Yves Parlier DR

L’aile de kitesurf a une capacité d’entrainement vingt fois supérieure à celle d’une voile classique. Elle n’a pas de pièces mécaniques, pas de limite de surface et fonctionne même par vent de trois quart avant. Sur le pont d’un bateau, elle prend peu de place, est simple à installer et peut être facilement transférée sur un autre navire : la solution idéale d’hybridation d’une flotte existante. Mais les défis techniques sont immenses : il faut savoir déployer et récupérer une telle aile en pleine mer en s’affranchissant des turbulences du pont, permettre son pilotage, sinon automatique au moins assisté…

Beyond The Sea DR

Yves Parlier relève ces défis un par un, avec ténacité, aidé par un consortium d’entreprises françaises, et par des écoles d’ingénieurs. Cela débouche sur LibertyKite, des ailes de 10 à 40m2 destinées à propulser des navires de tous types. Les clients sont des pêcheurs artisanaux du monde entier, des coureurs au grand large ayant besoin d’une solution de secours autonome en cas de rupture du mât, des plaisanciers ou des convoyeurs souhaitant optimiser leur navigation. Les ailes séduisent, des rivages californiens aux îles des Philippines. Celle de 20m2, par exemple, pèse 2,4kg et tient dans un cartable d’écolier.

Beyond the Sea DR

La société fonctionne, mais le pionnier pousse déjà les feux sur un autre projet, Sea/Kite : une aile de 50m2 disposant d’un système de pilotage assisté par une intelligence artificielle, associée à une installation et à des procédures de mise en œuvre simples. La maîtrise de cette chaîne complète lèverait les obstacles pour la production d’ailes de 100, 200, 300 m2, capables « d’hybrider » la propulsion (voile-moteur) des cargos ou des porte-conteneurs.

La compagnie française CMA CGM est particulièrement intéressée.  Et pour cause ! Sur une traversée transatlantique, l’aile pourrait être déployée plus de 50% du temps de navigation, pour une moyenne de cinq cycles de lancement-récupération. Un emploi peu contraignant donc, à la portée d’un équipage formé.

Une phase de « beta test » doit être menée en 2020 sur un ancien catamaran d’Yves Parlier. L’idée est d’en faire un bateau expérimental, au fonctionnement entièrement décarboné, figure de proue de Beyond the Sea.

En phase d’exploitation industrielle, la société pourra s’appuyer sur un tissu de PME partenaires, fournisseurs ou assembleurs basés en France. Les seuls freins au développement en série sont aujourd’hui des moyens humains et financiers, qui permettraient d’accélérer la longue mais passionnante phase de mise au point de ces ailes géantes de l’avenir. 

En savoir + :

www.beyond-the-sea.com

www.libertykite.com

Contacts : 05 57 15 22 62 /



Advanced Aerodynamic Vessels,
naviguer en lévitation
Par Denis Spilet

La société française Advanced Aerodynamic Vessels (A2V), est née en 2013 de la rencontre performante de deux univers : celui d’investisseurs voulant développer un projet de navires rapides et celui de la recherche, représenté par Matthieu Kerhuel, directeur général, et Lionel Huertz, directeur recherche et développement de la société. Les financiers et les thésards de l’Ecole centrale de Nantes arrêtent leur choix sur l’étude d’un bateau utilisant l’effet de sustentation aérodynamique. Pour faire simple, ce qui permet de faire voler les avions… Le défi est de taille et n’a jamais été relevé. Un bateau soulevé par une aile est en effet très instable et au final, s’envole ou se retourne.

A2V lEvian One exploite sur le lac Leman Photo Christophe Breschi

Deux ans de simulations numériques sont nécessaires pour concevoir, en théorie, un navire viable, grâce notamment à la géométrie hydrodynamique révolutionnaire des carènes.  En 2015 le miracle se produit : le prototype, artisanal, conçu selon les modélisations, se comporte admirablement. Deux heures après le début des essais, il file à 40 nœuds, parfaitement stable, en sustentation au-dessus de la surface de l’eau.   

Malgré son design futuriste lié à ses propriétés aérodynamiques, il se révèle robuste, simple d’emploi mais également léger et performant grâce à la qualité des composites et à la simplicité de sa conception. Tout repose sur l’aérodynamique et l’hydrodynamique, sans systèmes électroniques complexes, fragiles, lourds et gourmands en énergie pour compenser artificiellement des instabilités structurelles.

Sur un bateau classique, la consommation de carburant augmente fortement avec la vitesse. A l’inverse, plus les navires A2V vont vite, moins ils consomment. Dans l’univers du transport de passagers, à consommation égale, l’équation est simple : soit on va vite et l’on emporte peu de monde, soit on embarque beaucoup de passagers et l’on marche plus lentement. Les navires A2V, eux, transportent beaucoup de monde, très vite, avec une consommation réduite. Au résultat, les chiffres et les rapports sont impressionnants. Les performances vont du simple au double.

En 2016, la société s’installe sur 800 m2, au port des Minimes, à La Rochelle pour fabriquer ses premières unités. Le spectre est large, du bateau de transport de passagers pouvant aller jusqu’à 100 places au bateau d’intervention rapide type garde-côte pour l’action de l’état en mer, sans oublier le milieu militaire auquel ce type de navires rapides pourrait offrir des perspectives.

Depuis 2018, la technologie A2V fait ses preuves dans les eaux du Gabon, où la société Peschaud International utilise au quotidien l’A2V-25-CB, navire d’une capacité de 25 places utilisé pour acheminer ses employés vers ses installations pétrolières offshore. Le bateau prouve chaque jour sa robustesse dans un milieu où les équipements sont mis à rude épreuve. La sustentation, c’est aussi une sensation de confort. Sur le lac Léman, c’est donc logiquement un hôtel de luxe qui a choisi d’utiliser l’Evian One, modèle « navette » de 12 passagers, pour transporter ses clients. Monaco fera bientôt de même pour relier la mythique marina de Cala del Forte à la ville.

Peu gourmands en énergie, les bateaux A2V sont, à ce jour, les seuls navires rapides propulsés à grande vitesse par un moteur électrique. A2V profite de l’excellence française dans le domaine de la construction navale et de la production de composites. La plupart de ses fournisseurs sont situés sur la façade Atlantique. Un écosystème prometteur pour le passage à la phase industrielle.

En savoir + : www.aavessels.com

Contacts : 06 72 57 64 17 / 



FinX
La révolution par la membrane

 Par Denis Spilet

Dans l’open space contemporain aux murs bruts du XXe arrondissement de Paris, la moyenne d’âge de « l’équipage » est de 26 ans. Le plus jeune a 21 ans. Il s’occupe du marketing et de la communication. Le doyen en a 28. C’est Harold Guillemin, président et fondateur de la jeune pousse FinX. Tous sont passionnés, à leur manière, par le monde de la mer.

FinX une equipe innovante

Ingénieurs pour la plupart, les huit collaborateurs travaillent d’arrache-pied, depuis juin 2019, pour mettre au point un moteur hors-bord électrique d’une puissance de cinq chevaux. Sa particularité réside dans son système de propulsion : une membrane ondulante à haute vitesse, éjectant l’eau avec puissance. Visuellement spectaculaire. Pas d’hélice, pas de chaine mécanique complexe, une signature acoustique très réduite. Le principe est celui du biomimétisme qui consiste à copier ce qui se fait dans la nature. « Une technologie de rupture » selon Harold Guillemin. De fait, le procédé est, à ce jour, unique au monde.

Pour le développer, FinX a utilisé une pompe innovante existante, brevetée, utilisée notamment dans le domaine médical, pour la transformer en propulseur marin.  Après quelques mois de simulations numériques, notre groupe de jeunes ingénieurs se retrouve dans une petite barque rigide sur le bassin nautique de Sèvres. «Une coquille de noix » confie Harold Guillemin avec un sourire. Dans l'ancienne friche industrielle reconvertie, ils testent artisanalement leur prototype. On est en décembre 2019. En janvier 2020, la société a levé assez de fonds (800 000 euros au total) pour passer à la phase de conception du FinFive, la version aboutie du moteur hors-bord.

FinX un moteur electrique

La crise sanitaire a peu ralenti les travaux, et cet été 2020 sera consacré à une série de tests sur le bassin puis sur la Seine.
« Les trois prochains mois seront décisifs » souligne Harold. Et pour cause, l’ambition est de proposer un moteur prêt à l’emploi pour l’automne. La cible est définie : des sociétés de location de bateaux sans permis. Idéal pour tester le moteur dans des conditions maîtrisées. Adapté également à l’autonomie encore réduite des batteries. Parfait enfin pour montrer au plus large public que ce qui se pouvait se produire « dans le monde d’avant » - des algues ou pire, un enfant pris dans l’hélice - n’est plus imaginable avec une propulsion à membrane. Premières livraisons prévues à l’été 2021.

Mais Harold Guillemin se projette déjà au-delà de la production et de la commercialisation en petite série du léger FinFive, avec des projets de moteurs de 150 à 200 chevaux.

Il a besoin, pour cela, d’une nouvelle levée de fonds. «Série A » dans le langage des investisseurs. Un tour de table à 3 millions d’euros qui doit être bouclé avant la fin du premier semestre 2021. Plusieurs experts et grands noms épaulent les jeunes entrepreneurs, comme le navigateur Loïc Peyron ou l’ancien DG de Bénéteau, Hervé Gastinel. Il se dit, en outre, que la société pourrait être la prochaine lauréate du concours I-Lab de la Banque publique d’investissement (Bpifrance). Le cap de 2021 sera décisif.  

En savoir + : www.finxmotors.com

Contacts : 06 89 16 02 78 /