marine ocean logo
Géopolitique

Les ambitions politiques et militaires du Brésil


Les ambitions politiques et militaires du Brésil

Le Brésil est le cinquième pays du monde par la superficie (8 547 400 km2) et par le nombre d'habitants (191 millions). C'est le pays le plus vaste et le plus peuplé d'Amérique latine et la 11e puissance économique mondiale. Il adosse son développement et ses ambitions régionales sur de solides réserves énergétiques en pétrole, gaz, uranium, platine, or, minerai de fer, manganèse, bauxite ou nickel…

Le Brésil pourrait, de fait, être un des plus grands producteurs et exportateurs d’hydrocarbure du monde avec des réserves estimées à plus de 50 milliards de barils dans les eaux très profondes, au sud-est au large de Rio de Janeiro, et des gisements, valorisés à 33 milliards de barils, découverts en 2008 dans le bassin de Santos au large de Sao Paulo. Détenteur de la technologie nucléaire sans toutefois l’avoir encore développée à une échelle industrielle, le Brésil s’affirme également comme un des pays les plus en pointe en matière d’énergies renouvelables.

Devenir la puissance militaire du continent sud-américain

Ces atouts, associés à une stabilité politique préservée depuis près de quinze ans, en ont fait une puissance régionale attractive. Le Brésil est le premier ou l’un des premiers partenaires commerciaux de l’Argentine, de l’Uruguay et du Chili. Selon Luciano Coutinho, président de la Banque brésilienne de développement BNDES (O banco nacional do desenvolvimento), l’effort est actuellement mis sur le développement d’une industrie de pointe qui permettrait au pays, principalement exportateur de matières premières, d’acquérir un véritable statut de puissance globale. C’est le cas, par exemple, dans le domaine aéronauti que où des contacts ont été noués avec de grands groupes européens et américains dans le but affiché de transformer le groupe national Embraer en compétiteur de niveau mondial. Puissance économique, le Brésil aspire également à devenir la première puissance militaire d’Amérique du Sud. Avec près de 7500 km de côtes et une zone économique exclusive (ZEE) de 3600000 km2, le Brésil a besoin d’une marine moderne et bien équipée pour protéger ses richesses naturelles, notamment ses gisements pétroliers offshore. Vingt-deux mille personnes travaillent en permanence au large des côtes brésiliennes sur 109 plates-formes pétrolières situées parfois très loin, en haute mer. En 2010, la marine brésilienne comptait environ 90 navires de divers tonnages dont le porte-avions São Paulo (ex-Foch), vendu par la France en 2000, 5 sous-marins, 9 frégates, 7 corvettes, 17 patrouilleurs océaniques, 12 patrouilleurs côtiers ou fluviaux, 5 grands bâtiments amphibies, 6 dragueurs côtiers, 2 pétroliers-ravitailleurs, 2 navires-école, 5 bâtiments hydro- océanographiques ainsi que divers autres bâtiments (auxiliaires, scientifiques et de servitude portuaire). La France est l’un des partenaires les plus actifs du Brésil dans son projet de développement militaire.

Les ambitions politiques et militaires du Brésil

Concurrence franco-américaine

Un «accord de coopération stratégique de défense» a été signé entre les deux pays en décembre 2008, et le 3 septembre 2009, le groupe DCNS a signé pour la fourniture à la Marine brésilienne de quatre sous-marins conventionnels Scorpène, la mise en oeuvre d’un large programme de transfert de technologie et d’assistance liée notamment à la réalisation de la partie non nucléaire du premier sous-marin nucléaire d’attaque brésilien, ainsi que l’aide à la réalisation d’une base navale et d’un chantier naval. Le Brésil ayant prévu de renouveler, d’ici à 2023, son parc aérien (entre 120 et 150 avions), un premier appel d’of fres a été lancé portant sur 36 appareils de combat polyvalents. La décision, qui n’était toujours pas intervenue à l’heure où nous bouclons ce numéro, serait imminente, trois appareils restant à ce jour en lice : le Rafale de Dassault, le Gripen du suédois Saab, et le F-18 Hornet de l’américain Boeing. Début avril 2010, le ministre brésilien de la Défense, Nelson Jobim, avait laissé entendre que le choix du gouvernement brésilien se porterait très probablement sur le Rafale, en raison des transferts de technologies compris dans l’offre française. Le montant du contrat, estimé à 4 milliards de dollars, a aiguisé la compétition entre les Français et les Américains dont le gouvernement vient de signer, le 12 avril 2010, un «accord de coopération militaire » avec le Brésil, le premier du genre depuis plus de trente ans entre les deux pays. Le Brésil devrait par ailleurs annoncer, dès 2011, son besoin d’un nouveau porte-avions. La France et les États-Unis seront une nouvelle fois en compétition frontale sur un programme d’envergure aux implications militaire et diplomatique autant qu’économique et sociale.