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Géopolitique

Il ne faut pas céder sur l'île Tromelin


Dans son article 5, la Constitution prévoit que la Président de la République est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. Elle énonce également dans son article 53 que les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l'organisation internationale... ceux qui comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu'en vertu d'une loi. Ils ne prennent effet qu'après avoir été ratifiés ou approuvés. Et pourtant, sans la vigilance du député (UDI) Philippe Folliot, un morceau du territoire national aurait été partagé sans débat sur la base d'un accord conclu en 2010, prévoyant le partage de souveraineté de Tromelin avec l'île Maurice qui en revendique la souveraineté depuis son indépendance en 1968.


Tromelin, c'est un minuscule ilot, situé à l'est de Madagascar et au nord de la Réunion, d'une superficie de 1km2, inhabité sauf par trois employés de la météo qui se relaient tous les deux mois par avion. Ce n'est pas vraiment le paradis. Rien n'y pousse en raison des cyclones qui le ravagent périodiquement. On n' y rencontre que des oiseaux, fous masqués ou à pieds rouges, sternes blanches, ainsi que des tortues vertes qui viennent y pondre.

Histoire

L'île a été découverte en 1722 par la Diane, un batiment français de la Compagnie des Indes. En 1761, un autre navire de la Compagnie y fait naufrage. L'équipage quitte l'îlot à bord d'une embarcation de fortune y laissant 60 esclaves malgaches destinés à l'île de France. Ils y resteront quinze ans, se nourrissant d'oiseaux, de tortues et d'œufs.

C'est le chevalier de Tromelin, commandant la frégate La Dauphine qui récupèrera les survivants, sept femmes et un enfant de huit mois, le 29 novembre 1776. Le traité de Paris, en 1814, stipule que la restitution à la France, n'exclut que l'isle de France et ses dépendances nommément Rodrigues et les Séchelles. La France a toujours considéré que Tromelin lui appartenait sans que cela ne soit contesté par l'Angleterre.

L'île Maurice revendique l'îlot depuis 1976 s'appuyant sur la version anglaise du traité de Paris qui indique especially Rodrigues and The Seychelles. Remarquons qu'en ces temps bénis, seule la version française des traités faisait foi.

Enjeux économiques

Alors pourquoi cet intérêt pour cet ilot perdu, apparemment sans ressources ? C'est que Tromelin génère une zone économique exclusive (ZEE) d'environ 280 000 km2, très riche en poissons. Le 7 juin 2010, les deux pays ont signé un accord de cogestion de l'ilot qui prévoit surtout de partager, pour la pêche au thon, la ZEE qui lui est attachée. 

Cet accord qui avait échappé à la vigilance du Sénat qui l'avait ratifié sans débat, n'a pas échappé à Philippe Folliot, député (UDI) du Tarn qui s'est indigné de ce qu'il considère comme un bradage du territoire national. Il fallait que le Parlement en débatte et qu'une loi soit votée. Victoire pour M. Folliot : le texte a été reprogrammé en procédure régulière.

Oui mais, attention, l'affaire ne se limite pas à Tromelin. L'îlot fait en effet partie de ce que l'on appelle les Iles Eparses, un groupe d'îles appartenant à la France, situé dans le canal du Mozambique entre Madagascar et la côte africaine, et regroupant, en plus de Tromelin, les Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India, ce dernier ne découvrant qu'à marée basse.  

Les îles Eparses génèrent une ZEE énorme couvrant à peu près la moitié du canal du Mozambique, très poissonneuse et peut-être riche en pétrole. Ces autres îlots sont, eux, revendiqués pas Madagascar. Depuis 1973, la France maintient, sur chacun d'eux, quelques militaires et un gendarme pour y affirmer sa souveraineté.

Céder sans raison à l'île Maurice pour Tromelin relancera les revendications de Madagascar sur les autres îles éparses et ne serait pas sans conséquence sur Clipperton, dans le Pacifique, revendiqué par le Mexique.

Il ne faut pas céder sur Tromelin.

François Jourdier *

• François Jourdier (Ecole navale - 1949) a participé aux guerres d'Indochine et d'Algérie. Ingénieur en énergie nucléaire, il a quitté la Marine comme contre-amiral en 1986.