Le détroit d’Ormuz, passage stratégique sous haute tension

Dubaï, 23 juin 2025 (AFP) – Le détroit d’Ormuz est un point de passage clé pour le commerce mondial de pétrole, que l’Iran a souvent menacé de bloquer dans les situations de crise.

Des députés iraniens ont à nouveau brandi cette menace après les frappes américaines sur des installations nucléaires en Iran, mais la décision reste aux mains du Conseil national de sécurité, la plus haute instance de sécurité du pays.

Voici quatre choses à savoir sur cette zone stratégique.

– Porte d’entrée du Golfe –

Le détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d’Oman, est situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Il est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, 50 kilomètres environ, et de sa profondeur, qui n’excède pas 60 mètres.

Il est parsemé d’îles désertiques ou peu habitées, mais d’une grande importance stratégique: les îles iraniennes d’Ormuz, et celles de Qeshm et de Larak, face à la rive iranienne de Bandar Abbas.

La rive omanaise, la péninsule du Musandam, forme un index pointant vers l’Iran, séparé du reste du sultanat par des terres appartenant aux Emirats.

Au large des Emirats, les trois « îles stratégiques » -la Grande Tomb, la Petite Tomb et Abou Moussa- constituent un poste d’observation sur toutes les côtes des pays du Golfe: Emirats, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Irak, Iran et Oman.

Elles sont occupées par l’Iran depuis 1971, après le départ des forces britanniques de la région.

– Crucial pour le pétrole –

Le détroit d’Ormuz constitue de loin la principale la voie de navigation connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde.

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l’équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l’Agence américaine de l’Energie (EIA).

Environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié y transitait aussi, principalement en provenance du Qatar.

Plus de 80% du pétrole et gaz y transitant était destiné aux marchés asiatiques, selon l’AIE.

Seuls l’Arabie saoudite et les Emirats disposent d’un réseau d’oléoducs, pouvant transporter un maximum de 2,6 million barils par jour, leur permettant de contourner le détroit d’Ormuz, souligne l’EIA.

En fermant le détroit, l’Iran « saperait ce qui reste de ses alliances » que ce soit avec les pays du Golfe et l’Irak ou avec ses principaux clients, notamment la Chine, a écrit l’économiste et spécialiste du Golfe, Justin Alexander sur Linkedin.

« Cela bloquerait aussi ses propres exportations de pétrole, alors que son économie est déjà à la peine », a souligné pour sa part le professeur de l’Université d’Ottawa Thomas Juneau, sur X.

– Tensions –

L’Iran, qui se considère comme le gardien du Golfe, dénonce régulièrement la présence de forces étrangères, notamment la Ve Flotte américaine stationnée à Bahreïn.

Il a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d’Ormuz en cas d’action militaire des Etats-Unis dans la zone.

Ce sont les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne, qui contrôlent les opérations navales dans le Golfe, et sont chargés d’assurer la sécurité du détroit.

Une des perturbations majeures du transport pétrolier remonte à 1984, en plein conflit Iran-Irak (1980-1988), durant la « guerre des pétroliers ». Plus de 500 navires avaient été détruits ou endommagés.

Téhéran avait alors miné des zones de passage dans le détroit d’Ormuz. Le 14 avril 1988, la frégate USS Samuel B. Roberts avait heurté une mine et manqué de couler.

En juillet de la même année, un Airbus A-300 d’Iran Air, assurant la liaison entre Bandar-Abbas et Dubaï, avait été abattu par deux missiles d’une frégate américaine patrouillant dans le détroit, faisait 290 morts. L’équipage de l’USS Vincennes avait affirmé avoir pris l’Airbus pour un chasseur iranien animé d’intentions hostiles.

– Incidents –

Outre les menaces, le détroit d’Ormuz est régulièrement le théâtre d’escarmouches, comme des arraisonnements ou attaques de bateaux.

Les incidents se sont multipliés après le retrait des Etats-Unis, en 2018 de l’accord international visant à geler le programme nucléaire iranien.

En 2019, des attaques mystérieuses contre des navires dans la région du Golfe, un drone abattu et des pétroliers saisis, avaient fait craindre une escalade entre Téhéran et Washington.

Le 29 juillet 2021, une attaque en mer d’Oman contre un pétrolier géré par la société d’un milliardaire israélien avait fait deux morts, un Britannique et un Roumain. Israël, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Roumanie ont accusé Téhéran, qui a démenti toute implication.

En avril 2024, les Gardiens de la Révolution avaient arraisonné le porte-conteneurs MSC Aries battant pavillon portugais, accusant son armateur d’être « lié à Israël ».

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