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L'inquiétude grandit au sein des ports français exclus des nouvelles routes maritimes


Paris, 14 sept 2018 (AFP) -

Zeebrugge, Anvers, Rotterdam mais pas Le Havre ou Brest: le projet de la Commission européenne de nouvelle liaison maritime entre l'Irlande et le continent après le Brexit favorise pour l'heure largement les ports néerlandais et belges, suscitant l'inquiétude côté français.

L'enjeu est important, les ports situés sur le réseau transeuropéen de transport (appelés RTE-T, ou TEN-T) sont en effet susceptibles de bénéficier de fonds européens pour leur développement.

A l'heure actuelle, les marchandises irlandaises (produits chimiques et pharmaceutiques, machines industrielles et produits agro-alimentaires) passent majoritairement au travers des terres anglaises pour arriver ensuite sur les côtes françaises.

Dans le cadre d'un Brexit "dur", où le Royaume-Uni sortirait du marché unique européen, le pays ne serait plus tenu de respecter l'un des piliers de la construction européenne: la libre circulation des biens.

"Il est extrêmement important que les ports les plus proches, les mieux outillés en termes d'absorption de flux se positionnent pour capter ce trafic qui va se reporter", souligne Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français (CMF) qui regroupe 350 entreprises du secteur.

"Les ports du nord de l'Europe sont déjà très, très encombrés en termes de flux alors que des ports comme Cherbourg, Roscoff ou Brest ont encore une disponibilité de terrain, d'installation et d'évacuation des flux", ajoute t-il.

Le gouvernement français est immédiatement monté au créneau, au coeur du mois d'août, à l'image de la ministre des Transports Elisabeth Borne qui a jugé "inacceptable" le projet de la Commission.

Début septembre, elle a enfoncé le clou en assurant que la France allait "se battre" pour que ses ports aient "toute leur place dans ces nouveaux flux d'échanges entre le Royaume Uni, l'Irlande et l'Europe", assurant que la Commission avait commis une simple "maladresse".

- "Distorsion de concurrence"-

La ministre doit répondre aux inquiétudes des syndicats des dockers à l'image de la CGT qui s'alarme "des conséquences désastreuses économiquement et socialement pour les ports de la façade maritime concernée".

Et les Armateurs de France ne disent pas autre chose, jugeant "choquant que la Commission européenne, de manière arbitraire, retire aux ports français la capacité d'avoir la même compétitivité en matière d'investissements que ceux de Belgique et des Pays-Bas".

"On peut comprendre l'agacement des ports français car c'est trop tôt pour savoir comment le Brexit va tourner. Dire qu'on va réserver les investissements aux ports hollandais et belges, ça peut même être considéré de la distorsion de concurrence", note un bon connaisseur du secteur.

Selon le magazine Politico Europe, la décision d'exclure les ports français vient de la crainte d'une "sérieuse congestion" à la douane dans les ports du nord de la France et des incertitudes liées aux grèves des dockers français.

L'Union Européenne a cependant tenté de rassurer la France, en indiquant que les ports français n'étaient pas évités et qu'il s'agissait pour l'instant d'une solution d'urgence pour éviter un isolement économique de l'Irlande.

La Commission assure qu'à plus long terme les ports français "auront certainement un rôle clé à jouer" dans les nouveaux flux de transport entre l'Irlande, le Royaume-Uni et l'Europe continentale.

De nouvelles discussions sont en effet attendues pour l'après 2020, notamment dans le cadre de la proposition pour le mécanisme pour l'interconnexion en Europe.

La commissaire aux Transports Violeta Bulc a même proposé de rencontrer Elisabeth Borne dans le courant du mois de septembre pour améliorer la situation.


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