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Entretien avec Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine Nationale
le 21 Février 2011

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

Entré dans la Marine nationale comme matelot pour y effectuer son service militaire, Olivier Lajous est ensuite devenu Officier de réserve en situation d’activité (Orsa) avant de gravir un à un tous les échelons de la hiérarchie. Il est aujourd’hui le Directeur du personnel militaire de la Marine. Il porte un regard plus qu’autorisé sur les opportunités que peut offrir la Royale aux jeunes, filles ou garçons, diplômés ou non, soucieux de construire leur vie. Explications.

La Marine nationale a réalisé à l’automne dernier une nouvelle campagne de recrutement…

Cette campagne avait pour but d’informer la jeunesse française que la Marine nationale, c’est chaque année trois mille emplois proposés, le recrutement s’étalant de 16 ans à 30 ans, de niveau seconde, voire moins pour le mousse, jusqu’à bac + 6 pour l’officier.

Quels métiers propose la Marine ?

La Marine, c’est cinquante-cinq métiers différents qui vont du cuisinier à l’électronicien en passant par le mécanicien ou l’atomicien. Le site internet www.devenirmarin.fr les présente en détail.

Quelle est la durée d’un premier engagement ?

Quatre ans, mais l’on peut aller jusqu’à quarante ans de carrière. On peut monter les marches de l’escalier social les unes après les autres, commencer comme matelot et terminer amiral si l’on s’en donne les moyens. Tout le monde ne le fait pas, bien sûr, mais c’est possible.

Quel est la spécificité d’un engagement dans la Marine ?

Un marin est fait pour naviguer. Quand on entre dans la Marine, ce n’est pas pour aller dans des services à terre, c’est pour aller à la mer. Un jeune, garçon ou fille, qui décide d’entrer dans la Marine se verra donner tous les moyens de se réaliser mais c’est lui qui fera son chemin de vie. On peut entrer dans la Marine avec l’idée d’y être mécanicien et se retrouver expert du radar, de la torpille ou du canon.

Ces années sont-elles «revendables» dans le civil ?

Bien sûr. Le marin a une très bonne réputation dans le monde de l’entreprise parce que l’on sait qu’il a appris à travailler en équipage donc en équipe, qu’il peut adhérer à des référentiels de vie en communauté, et qu’il a acquis une technicité avec un bon niveau de formation. Si l’on quitte la Marine au bout de quatre ans, on a clairement le pied mis à l’étrier mais la grande majorité du personnel non officier passe en moyenne dix ans dans la Marine. Cela nous va très bien car l’on rentabilise sa formation et son parcours.

Après dix ans passés dans la Marine, le reclassement se fait-il aussi bien ?

Après neuf à onze ans passés dans la Marine, le personnel non officier peut prétendre à une indemnité qui lui permet de partir dans de bonnes conditions. Il a acquis un certain nombre de droits pour la retraite, ce qui n’est jamais inutile, et surtout, il arrive sur le marché entre 28 et 32 ans, une gamme d’âge qui intéresse beaucoup le secteur privé. À l’heure actuelle, 80% des marins qui quittent la Marine dans cette tranche d’âge sont reclassés dans l’année qui suit leur départ. À titre d’exemple, dans les deux grands bassins d’emploi que constituent Brest et Toulon où l’on compte respectivement dix-sept mille et vingt mille marins – les quelques milliers restant étant à Cherbourg, Lorient, Paris et outremer – le réseau des entreprises, donc des employeurs potentiels, connaît le «produit marin» et le recrutement fonctionne bien.

Avec l’aide de la Marine ?

Avec l’aide d’une agence, l’agence de reconversion de la Défense, qui a regroupé les services qui existaient dans chaque armée.

Passé ce premier cap de dix ans de service, les personnels restent-ils ensuite jusqu’au bout ?

Pour les personnels non officiers, il y a un second grand départ aux alentours de vingt ans de service. Ils partent vers 40-42 ans après avoir fait un parcours complet. Ils entament ensuite, pour vingt à vingt-cinq ans, une seconde carrière dans le privé avec un bagage plus lourd et une retraite à jouissance immédiate de l’ordre de 800 euros par mois pour un maître ou un Premier maître, après dix-neuf ans de marine.

Comment cela se passe-t-il pour les officiers ?

65% des personnels non officiers sont contractuels et partent aux âges que je viens de donner. Pour les officiers c’est différent. 70% d’entre eux sont sous statut. Un officier qui entre à 20 ans dans la Marine la quittera – avec la nouvelle loi sur les retraites et les nouvelles limites d’âge – à 59 ans. Pour les officiers, la clé, c’est la réussite ou non du Collège interarmées de Défense (CID) qui s’apprête à retrouver son ancien nom d’École de guerre. Un officier breveté de l’École de guerre est employable dans des états-majors et reste généralement jusqu’au bout de la carrière. Le premier départ chez les officiers se fait donc à ce moment-là, entre 35 et 40 ans, au passage au grade de capitaine de corvette. Ils sont entrés dans la Marine à 20 ans et la quittent, quinze à vingt ans plus tard, avec des droits acquis de retraite différée, de solides diplômes et une bonne formation. Ils sont plutôt recherchés par les chasseurs de tête.

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

Ces départs, officiers ou officiers mariniers, sont-ils tous volontaires ?

Oui, même si l’on fait comprendre à certains qu’ils sont arrivés au bout d’une dynamique dans leur carrière, que le mieux est peut-être de partir, de se donner les moyens de travailler, non pas jusqu’à 59 ans s’ils restaient dans la Marine, mais jusqu’à 65 ans pour financer, par exemple, les études de leurs enfants. Ce sont des équations très personnelles. On fait surtout partir les anciens avec ce que l’on appelle le pécule. C’est une indemnité de départ, remise en deux parties, destinée à aider la personne à commencer une deuxième carrière. En ce moment, avec la réduction des effectifs que nous devons conduire, on attribue deux cent cinquante à trois cents pécules par an dont à peu près deux cents pour les officiers mariniers et cent pour les officiers.

La Marine recrute-t-elle comme elle le souhaite ?

Nous n’avons pas de difficulté de recrutement même si cela reste toujours un défi. Pour l’ensemble de nos métiers, nous avons pour les personnels non officiers en moyenne 4,2 candidats pour un poste mais, hélas, seulement 1,5 candidat pour les métiers liés aux opérations navales. Pour les officiers, c’est quasiment huit à neuf candidats pour un poste. On continue à avoir un très bon niveau de candidats pour l’École navale et de candidats voulant y entrer sur titre. Le recrutement officier ne nous pose pas de problèmes, sauf en interne.

Outre le traditionnel concours de l’École navale, quels sont les autres modes de recrutement officier ?

Il y a d’abord le recrutement sur titre. C’est une dizaine de places chaque année à l’École navale, cinq en première année, cinq en seconde année. Ce sont des gens qui ont un diplôme scientifique d’une école comme les Arts et Métiers ou d’une autre école d’ingénieur, voire parfois d’une école de commerce à aspect scientifique. C’est assez ouvert. On a ensuite les officiers sous contrat. Ce sont des gens titulaires au moins d’un master dans un domaine scientifique, mais pas seulement. Ils peuvent être diplômés d’une école de commerce. Ils se voient proposer un premier contrat de huit ans renouvelable qui peut, finalement, les amener jusqu’à vingt ans de service, voire à une intégration dans le corps des officiers de Marine. Cela représente en moyenne trente-cinq officiers par an.

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

Qu’en est-il du recrutement officiers en interne ?

Il est pour nous plus compliqué. Nous avons transformé, il y a quelques années, l’École militaire de la Flotte (EMF) en École navale interne (ENI) en élevant le niveau d’exigence scientifique pour l’amener quasiment à celui de l’École navale. On a du mal à y attirer des candidats parce que la barre est peut-être un peu haute, que le candidat y arrive décalé en âge par rapport aux officiers de Marine et qu’il a du mal, ensuite, à rester dans la compétition.

Qui peut y prétendre ?

Le candidat à l’ENI est souvent un jeune marin qui entre à l’école de Maistrance avec un bac + 3 et veut tout faire pour devenir officier assez vite. La difficulté est qu’il commence la compétition dans l’avancement des officiers avec un décalage de trois à quatre ans avec, en outre, le défi de se mettre au niveau de l’officier issu de l’École navale qui a fait math sup et math spé.

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

L’âge est-il un critère important pour faire une carrière dans la Marine ?

L’âge est important dans l’avancement des officiers. C’est bien par année d’âge que l’on sélectionne les amiraux. Aujourd’hui, le flux de promotion de capitaine de vaisseaux vers les emplois d’amiraux, c’est huit par an. Quand je rentre soixante-quinze élèves à l’École navale, une trentaine d’officiers sous contrat et une dizaine d’officiers de l’École navale interne (ENI), soit une grosse centaine d’officiers par an, je n’en amènerai que trente-cinq au CID après quinze à vingt ans de service, un peu moins de trente-cinq au grade de capitaine de vaisseau et seulement huit dans les emplois d’officiers généraux. C’est une sélection redoutable. Plus on commence la compétition jeune, plus on se donne la possibilité de faire un parcours.

Huit capitaines de vaisseaux éligibles. Pourquoi ces huit-là ?

Qu’est-ce qu’un bon officier aujourd’hui ? Il faut d’abord, me semble-t-il, avoir fait un parcours de marin, avoir relevé les défis de commandement à la mer et de postes de responsabilité. Un bon officier général, c’est quelqu’un qui a quatre pieds solides comme une bonne chaise. Le premier, c’est celui du «savoir», la connaissance parfaite de la Marine. Ensuite, il y a le «savoir-faire», avoir exercé son métier. Puis il y a le «savoir-être». Un officier est un chef, un leader, un manager, chez nous c’est un commandant, il doit entraîner des équipes, les motiver, tirer le meilleur des hommes et des femmes qu’il va diriger. Ce «savoir-être», fondamental, est également très utile dans la capacité à se faire comprendre en interministériel, en interarmées et en international. L’officier doit être capable de dialoguer à tous les niveaux, avec un chef d’État, un ministre ou avec l’amiral d’une marine amie, comme il doit savoir se faire comprendre aussi bien d’un quartier maître que d’un capitaine de frégate. Le quatrième pied de la chaise, j’ai souhaité qu’on le rajoute dans la formation à l’École navale depuis que je suis arrivé comme Directeur du personnel. C’est le «faire-savoir » avec lequel nous, Français, sommes souvent mal à l’aise. Nous sommes dans un monde où il faut communiquer, se faire comprendre, dans lequel l’on n’existe pas si l’on n’a pas, de temps en temps, un message fort à faire passer à l’extérieur. Cela suppose d’être capable d’expliquer avec des mots simples, à l’attention de plusieurs publics, un métier très technique, et je pense qu’il faut l’apprendre tôt.

Un officier représente-t-il encore quelque chose dans la société française ?

Je le crois. Le militaire n’a bien évidemment plus la même place qu’il y a un siècle parce que, dieu merci, notre pays est en paix depuis soixante ans et que l’armée n’est plus aussi présente dans l’esprit des gens. Je constate cependant que lorsque l’on sait expliquer notre métier, nous suscitons du respect, voire même une certaine reconnaissance.

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

Quelle place la Réserve occupe-telle dans la Marine et que faites-vous pour la lui donner ?

Les réservistes, cela doit d’abord être des professionnels. Si j’ai un bateau à bord duquel il manque un bosco, un canonnier ou un torpilleur, ce n’est pas dans une réserve issue du monde civil que je vais le trouver, ce sera dans le vivier des anciens marins que cela intéressera, et que nous pouvons rappeler dans les cinq ans suivant leur départ. Cette réserve opérationnelle-là est pour nous fondamentale. Je peux ensuite avoir une réserve opérationnelle à laquelle je peux proposer des parcours et des emplois intéressants, dans de grands états-major, dans le renseignement, dans l’armement des sémaphores, dans le gardiennage des bateaux, dans l’encadrement de préparations militaires ou l’animation de la Journée de préparation à la Défense qui va bientôt s’appeler Journée du Citoyen. J’ai malheureusement beaucoup de demandes pour un nombre de postes limité et une enveloppe financière cadrée. On arrive, en 2011, à notre point d’étiage fixé à environ sept mille emplois de réservistes opérationnels, à hauteur de vingt à trente jours par personne, pour 10 à 12 millions d’euros par an. Il y a enfin la réserve citoyenne qui représente aujourd’hui moins de deux cents personnes, cent soixante-dix exactement. Ce sont des gens qui, pour certains, n’ont jamais porté l’uniforme ni même appartenu à la Marine, mais qui nous intéressent par leur position dans la société, par leur qualité de relais d’opinion. Agréés pour trois ans, ils reçoivent un grade honoraire, en général de capitaine de corvette, et participent au rayonnement de la Marine dans des cercles difficiles d’accès.

Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine
Amiral Olivier Lajous, Directeur du personnel militaire de la Marine

On dit cette réserve citoyenne menacée ?

Elle est menacée depuis sa création car des gens ne supportent pas que l’on puisse donner des grades et le droit de porter occasionnellement un uniforme à des gens qui n’ont pas appartenu, de près ou de loin, à la Marine. Il y a pourtant dans cette relation un véritable échange. Les capitaines de corvette que nous faisons dans la réserve citoyenne assurent un relais très efficace dans un grand nombre de réseaux. C’est important pour la Marine dans une société où, je le redis, le « faire-savoir» compte beaucoup. Les règles fixées me paraissent suffisamment claires pour permettre à la Marine de profiter de ces talents.

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